“Novembre” : Cédric Jimenez opte pour le polar de bureau timoré et gentiment atone

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Novembre ne rééditera probablement pas le tollé de Bac Nord (2021) : le film n’a aucune complaisance avec les errements de la police, ni problème de regard sur les criminel·les. N’y voyez pas une conséquence des polémiques de l’an dernier, le cinéaste n’a certainement pas tu son goût du maintien de l’ordre militarisé en réponse aux jérémiades de la critique de gauche (il a d’ailleurs tourné avant la sortie de Bac Nord). Disons plus simplement qu’il change de crémerie pour s’intéresser à une autre mythologie policière, au virilisme plus feutré : le strong silent type parisien, légaliste et bureaucrate. Le sujet est grave – la traque des terroristes du 13 Novembre –, mais Jimenez n’en filme pas grand-chose, à cause des interdits de représentation franchement timorés dont il farcit son film : ne pas montrer la vie personnelle des flics, ne pas montrer les victimes, ne pas montrer les terroristes, mais alors montrer quoi ? Une enfilade de baies vitrées, de paperasse et d’écrans Eh bien, toujours la même chose : de la virilité, et notamment ce que devient, huit ans après La French, celle de Jean Dujardin, que le film se charge de statufier en patriarche mélancolique, recadrant promptement Anaïs Demoustier, fixant l’horizon avec un froncement de sourcils désormais apaisé, et revenant même, sans peur du ridicule, sur des images de sa jeunesse comique qui marquent chez Jimenez un certain masochisme – mais qui a bien pu penser que ce serait une bonne idée de lui faire conduire un interrogatoire en arabe ? Pour le reste, Novembre est sans grand défaut mais assez absent à lui-même, presque sans substance, volatil : un art du polar de bureau et de téléphone fixe, une enfilade de baies vitrées, de paperasse et d’écrans, d’où émerge un climat, un arrière-fond, mais très peu de récit et presque aucun personnage. Novembre de Cédric Jimenez, avec Jean Dujardin, Sandrine Kiberlain (Fr., 2022, 1 h 40). En salle le 5 octobre.

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